Hegel :
La philosophie de Hegel est une philosophie de l'esprit absolu et de son déploiement dialectique qui constitue la réalité et son devenir. Cette dialectique a pu être considérée comme une théologie de l'histoire, mais elle a également donné lieu à de nombreuses interprétations contradictoires du fait de sa difficulté. Cette
philosophie est essentiellement déterminée par la notion
de dialectique, qui est tout à la fois un concept, un principe
d'intelligibilité, et, selon Hegel, le mouvement réel qui
gouverne les choses du monde. La pensée hégélienne
est donc la compréhension de l'histoire de ce qu'il appelle l'Idée,
Idée qui, après s'être extériorisée
dans la nature, revient en elle-même en niant cette altérité
pour s'intérioriser, s'approfondir et se réaliser dans des
formes culturelles (suivant une hiérarchie formelle d'un contenu
identique : art, religion et philosophie). D'un point de vue très
général, c'est donc une pensée qui veut concilier
les opposés qui apparaissent, par la conciliation des philosophies
de l'Être et des philosophies du devenir. En effet, avec la dialectique,
ces oppositions cessent d'être figées puisque le mouvement
d'une chose est d'être posée, puis de passer dans son contraire,
et ensuite de réconcilier ces deux états. Ainsi, l'être
n'est-il pas le contraire du Néant ; l'être passe dans le
néant, le néant dans l'être, et le devenir en est
le résultat : " Le néant, en tant que ce néant
immédiat, égal à soi-même, est de même,
inversement, la même chose que l'être. La vérité
de l'être, ainsi que du néant, est par suite l'unité
des deux ; cette unité est le devenir. " (La Science
de la logique) On voit donc que, pour Hegel, l'histoire s'achève avec son époque : tout ce développement dialectique, réalisé dans l'État, dans l'art, la religion, la philosophie, dans l'ensemble des institutions humaines qui expriment le travail du concept, trouve sa vérité et son accomplissement à l'époque de Hegel et dans ses livres Cette volonté de clôture de l'histoire a engendré de violentes critiques (voir par exemple Nietzsche). Étant
donnée cette dialectique de la totalité, i.e. le fait que
la philosophie comprend la totalité du réel, Hegel reprend
en un système le savoir de son temps, système où
tous les concepts sont liés dans un ensemble organique. L'uvre
capitale de Hegel est de ce point de vue l'Encyclopédie des
sciences philosophiques, dont le plan est l'architecture du système
de la philosophie. Il est composé de trois parties : La dialectique : La
dialectique est habituellement identifiée au syllogisme et ses
trois moments : thèse, antithèse, synthèse ou position,
opposition, composition. Cependant à la fin de la Logique (L'idée
absolue, p 381-383) Hegel montre que le moment négatif se divise
en deux : opposition extérieure et division intérieure ou
médiatisé et médiatisant : "si après
tout l'on veut compter", "au lieu de la triplicité, on
peut prendre la forme abstraite comme une quadruplicité".
(souligné par les traducteurs, en particulier dans leur présentation
de la doctrine de l'essence, pXIII). Cela n'empêche pas la pertinence
de la division ternaire, omniprésente. En fait on pourrait parler
de cinq temps constitués de deux fois trois temps puisqu'il y a
bien une synthèse partielle entre les deux moments négatifs
: 1) position, 2) opposition extérieure, 3) unité spatiale
des opposés, 4) division intérieure de l'unité, 5)
enfin compréhension de l'identité temporelle et de lieu
de soi dans l'être-autre (totalite sujet-objet). La phénoménologie : La phénoménologie est la " science de l'expérience de la conscience ". Elle introduit au système de la science (Hegel publie cette uvre en 1807) et se présente comme la première partie de son système. Cette uvre décrit l'évolution progressive et dialectique de la conscience (i.e. par le jeu des négations successives, la conscience commençant par nier ce qui se manifeste immédiatement à elle), depuis la première opposition immédiate entre elle et l'objet, puis la conscience de soi, la raison, l'esprit, la religion, jusqu'au savoir absolu dans lequel " le concept correspond à l'objet et l'objet au concept ". Ce dernier savoir est selon Hegel savoir de l'être dans sa totalité, intériorisation de l'objet, ou identité de l'objet de la pensée et de l'activité de connaissance dont le résultat est l'objet lui-même. La phénoménologie commence donc par la description de la conscience en général, comme opposée à un objet. Mais cette description adopte aussi le point de vue de la conscience telle qu'elle s'apparaît à elle-même. Un moment de la dialectique de la conscience peut donc être vrai pour la conscience elle-même, et faux pour celui qui rassemble la totalité des moments en une seule totalité. Ou, autrement dit, toute conscience commence par l'erreur, et est dans l'erreur, mais se hisse à la vérité dans la totalité de son histoire. Cette histoire est une suite de prises de conscience (expériences vécues) et de créations actives (transformation du réel). Le but de la phénoménologie est donc de décrire en totalité l'essence intégrale de l'homme, i.e. ses possibilités cognitives et affectives. C'est en ce sens une anthropologie, bien que dans l'ensemble de son système, Hegel considère la phénoménologie de la conscience au sein de la totalité de l'histoire de l'esprit, donc au-delà de l'être humain. ( ) L'art, l'esthétique : L'art exprime l'Idée sous une forme sensible, c'est l'absolu donné à l'intuition : le Beau est la manifestation sensible de l'Idée, mais sans en être une forme achevée. L'art est une objectivation de la conscience par laquelle elle se manifeste à elle-même. Il constitue donc un moment important de son histoire. La réflexion sur l'art implique la fin de l'art, au sens où cette fin est un dépassement de l'élément sensible vers la pensée pure et libre. Ce dépassement doit se réaliser dans la religion et la philosophie. Pour Hegel la plus mauvaise des productions de l'homme sera toujours supérieures au plus beau des paysages, car l'oeuvre d'art est le moyen privilégié par lequel l'esprit humain se réalise. L'histoire
de l'art se divise en trois, suivant la forme et le contenu de l'art : "
Quand l'art s'en tient au but formel de la stricte imitation, il ne nous
donne, à la place du réel et du vivant, que la caricature
de la vie. " Hegel
"Phénoménologie
de l'esprit", 1807
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