Nietzche :
Aborder l'oeuvre de Nietzsche n'est pas une petite tâche, et cette tâche requiert certainement une mise en garde, même rapide. ( ) La philosophie Nietzschéenne, comprenons bien, n'est pas informative; elle est un plongeon au fond de soi même, une quête dangereuse et douloureuse dans laquelle le lecteur se force à voire ce qu'il a voulu oublier, et Zarathoustra abandonnera son lecteur pour qu'il trouve lui-même son aurore, qu'il devienne à son tour créateur de valeurs, législateur, esprit libre, très libre, et qui sait ? Philosophe du futur, peut-être, pour lequel l'oeuvre de Nietzsche sera une préface, un prélude exalté, une ouverture triomphante chargée d'un rire plein de souffrance. ( ) Voici les notions qui sont considérées comme fondamentales par la plupart des commentateurs (Martin Heidegger, Gilles Deleuze, etc.). Notons tout de même que la philosophie de Nietzsche et ses principaux thèmes (volonté de puissance, éternel retour, grand midi, surhomme ) ont donné lieu à de nombreuses interprétations, souvent divergentes voire contradictoires : - La volonté fondamentale n'est pas la volonté de vivre, ni une volonté de persister dans son être (cf. Spinoza) mais la volonté de puissance, notion qui désigne la structure d'un devenir-plus qui s'approprie ce qui lui résiste en le transformant. Nietzsche prend par exemple en compte la volonté qui se cache derrière le philosophe, et inscrit le discours de la vérité dans la vie, dans la pratique humaine, comme symptôme d'un affect primitif, i.e. d'une structuration des instincts au cours de l'existence. -
La conception généalogique de la morale : la morale est
un symptôme, les différentes morales (plus ou moins hautes)
ne sont que l'expression de la vie (en plus ou moins bonne santé)
et du sentiment de puissance qui les produit. -
Les morales sont historiques, elles se succèdent dans le temps,
par des révolutions morales provoquées par des prophètes.
Ainsi la morale des nobles (bon / mauvais) a été renversée
par la morale (judéo-chrétienne) des esclaves (bon / méchant)
et la mort de Dieu annonce la mort prochaine de cette morale chrétienne,
qui persiste comme idéal démocratique et désir de
vérité. - Conception de l'art : d'une manière très générale, l'art est création de formes utiles à la vie. Cela inclut notamment le travail des sens. L'art doit être entendu comme ce qui résulte de l'activité créatrice. L'activité de création est essentielle, c'est une base de ce qu'est le sur-humain chez Nietzsche. C'est par la création que l'on teste, que l'on évolue, que l'on édifie soi et le monde autour de soi. L'art est aussi une falsification nécessaire à la vie, car il jugule les effets nocifs de la connaissance pure : la connaissance seule et isolée conduit à l'apathie, à la stérilité, à la froideur. Après la fracture d'avec Wagner, Nietzsche se met à rejeter l'intuition et la vitalité (source de la création). Il comprend vite que cette orientation est contraire à l'expansion de la vie : La création et l'art sont nécessaires, ils incarnent la vitalité. Cette défiance face à l'isolement dans la seule connaissance, Nietzsche la résume lorsqu'il écrit : " Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité ". Le sur-humain est l'individu qui possède la connaissance la plus lucide et la plus détachée du monde, et en même temps la vitalité et la force de création la plus joyeuse. - L'idée d'éternel retour : qui est une pensée sélective en ce sens qu'elle exprime le nihilisme le plus extrême (i.e. absence absolue de sens). Avec l'éternel retour, Nietzsche propose un rapport au temps différent de ce qu'il est à son époque (la vision que l'on a du temps est jusqu'alors sous l'influence du christianisme). Nietzsche propose de ne plus voir le temps comme infini et en ligne droite, mais de le considérer comme cyclique et fermé. Il s'agit de vivre sa vie en s'imaginant la revivre des milliers de fois. Ce qui veut dire que vivre ne peut se faire de manière indéfinie et immortelle. Le rapport au temps que propose l'image de l'éternel retour oblige à l'action concrète (car le temps de la vie n'est pas infini) et il oblige à la sélection dans la manière de vivre (il faut faire ce qui plait vraiment, ce qui nous convient, car cela reviendra). Le moyen de savoir ce qui nous convient est de s'imaginer revivre une action des centaines de fois. Si cette action est dans notre caractère, on pourra la revivre toujours avec le même plaisir. Nietzsche reprend la phrase de Pindare : " Il faut devenir ce que l'on est ". La liberté pour Nietzsche est issue des grecs : la seule liberté réside dans l'acceptation de son propre devenir qui est à découvrir individuellement. - Le sur-humain, qui résulte d'un renforcement de l'homme (opposé à l'idée d'une amélioration morale) devenu capable de transformer le nihilisme et de la dépasser par la création de valeurs nouvelles - par-delà bien et mal. -
Philosophe dionysiaque - c'est-à-dire, selon sa propre définition,
" qui accepte même les qualités les plus effroyables
et les plus équivoques de l'existence " - Nietzsche a
vécu comme il a pensé avec " le sentiment de l'union
nécessaire entre la création et la destruction. "
"La
Naissance de la tragédie", 1872
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