Paco Rabanne :


Paco Rabanne, de son vrai nom Francisco Rabanedacuervo, est un grand couturier né le 18 février 1934 à Saint-Sébastien au Pays basque qui a révolutionné l'univers de la mode dans les années 60. Dans les années 90, il s'est également illustré dans les médias à travers des prédictions catastrophistes et le récit de ses vies antérieures.

Francisco Rabaneda y Cuervo voit le jour au Pays basque espagnol. Suite à la mise à mort du père par les troupes franquistes, la famille part en France. Alors qu'il se frayait un chemin dans le compliqué monde de la mode, on a longtemps hésité à l'appeler couturier. On l'a très tôt appelé avec des surnoms tels que " Jules Verne de la couture " ou " métallurgiste ". Malgré sa longue présence dans ce monde plein de règles et de coutumes, Paco Rabanne n'a jamais été encadré et ne s'est jamais plié à ce conformisme. Il a pourtant acquis une légitimité indéniable.

Depuis toujours, il opère avec des matériaux qui viennent des domaines les plus éloignés de ceux qui sont d'habitude utilisés. Son manque apparent de souci par rapport aux soucis vestimentaires du XXème siècle montré à travers sa revendication de l'importable en a fait un provocateur. Mais malgré tout, il ne s'agit pas d'élans anecdotiques. Il y a toujours une recherche derrière, et après des décennies, on est impressionnés de voir une telle justesse dans la réflexion sur les matériaux, le respect de l'environnement, la démocratisation du style et autres.

Alors que Paco rentre dans ce monde, la période est à la contestation, dans tous les domaines. Les préférences des générations passées sont bousculées et changées radicalement. Dans l'art, tant dans la peinture quant dans la sculpture, on abandonne les matériaux classiques, toile, pierre, terre, pour se tourner vers des nouveaux supports.

La mode voit arriver des nouveaux clients, plus jeunes, pas forcement bourgeois, et avec eux, des nouveaux créateurs de la même tranche d'âge. La haute couture elle même, son importance capitale et son influence, est mise en jeu. Une nouvelle figure, celle du styliste, commence à éclipser les grands créateurs. Et c'est comme ça qu'on voit apparaître des Daniel Hechter, Michèle Rosier, Emanuelle Khanh qui travaillent directement avec les industriels pour produire une mode facile à porter. En même temps, c'est l'époque des couturiers anticonformistes : Saint Laurent, Cardin ou Ungaro.

Et c'est dans ce monde bouleversé que Paco Rabanne arrive de pied ferme. Ni tout à fait styliste, ni couturier, il sera pourtant admis à la chambre syndicale de la Couture en 1971.

Comme on vient de le répéter, il est fort difficile de classer Paco Rabanne dans une des catégories existantes. En France, il étudie l'Architecture sans s'y mettre jamais vraiment une fois ses études achevées. Dans un premier temps, il travaille en tant que dessineur pour un maroquinier, Roger Model et pour un chausseur, Charles Jourdan, fabriquant de boutons et de petits accessoires pour la haute couture. Il a même été brièvement brodeur avant de se lancer dans la création de bijoux fantaisie. Pour expliquer ses démarches, il faut regarder ses études d'Architecture qui lui ont appris à évaluer des volumes, travailler dans l'espace et à suivre une logique des matériaux. A tout cela s'ajoute aussi une curiosité exceptionnelle vers toutes les innovations modernes.

Il faut savoir que Paco Rabanne possède une culture solide en matière de haute couture. Sa mère était première main chez Balenciaga en Espagne. On voit très bien que forcément toute démarche, même les plus bizarres, peuvent s'appuyer sur des bases solides dans plusieurs domaines.

Ses déclarations sont souvent choquantes, comme par exemple cette analyse radicale de la mode : " Notre création doit être un jeu, puisque la mode est inutile. Mais étant donné que la société dans laquelle nous vivons nous contraint à le changer sans arrêt, changeons-le rapidement, en inventant sans arrêt des trucs dingues, les plus fous possibles ! Au fond, je veux être un accélérateur de décomposition. " (le Fait public, mars 1969).

Son intention est claire et nette. Pour y parvenir il choisi la voie de l'expérimentation de matériaux et d'usages nouveaux. On retrouve donc dans son oeuvre ses toutes premières boucles d'oreilles en Rhodoïd (matière plastique à base d'acétate de cellulose, transparente et incombustible), ses récentes robes faites de caches de diapositives ou fibres optiques, en passant par des robes en papier ou aluminium.

C'est donc en 1965 avec ses accessoires " dingues " qu'il est propulsé sur les pages de nombre de revues, chose qui lui assure une notoriété médiatique et un succès commercial très rapides.

Ce Rhodoïd, matériel de prédilection pour ses première créations n'est pas choisi au hasard : matière plastique rigide, légère, disponible à très faible prix et disponible en plaques de toutes les couleurs. C'est très simple de le couper en modules géométriques perforables. Assemblés tout simplement avec des anneaux métalliques ils peuvent résulter dans des amusantes boucles d'oreilles, même très encombrantes mais toujours légères. Grâce au faible coût à la base et à la simplicité de l'assemblage, les accessoires sont économiques et adaptés aux envies de cette jeune clientèle dont on parlait plus haut.

Le succès est rapide et impressionnant. Vingt-cinq mille pièces sont commandées la première année. Paco Rabanne a frappé fort et au bon endroit en revendiquant cette esthétique du toc, de la fantaisie montrée librement et non pas cachée derrière des faux-semblants : " Quand un bijoux est faux, cela doit se voir à vingt metres. " (Le Figaro Littéraire, 1966).

Suite à ce premier succès, Paco s'essaie à la réalisation de petite pièces : des boléros par exemple, toujours crées à partir des même plaques de Rhodoïd, assemblés dans une trame. Là aussi, c'est tout de suite la consécration. Ces créations sont adoptées par les boutiques dans le vent et la presse prophétise déjà l'arrivée d'un nouveau type de vêtement.

On arrive en 1966 et c'est l'année où Paco Rabanne présente sa première collection, à Paris. Il s'agit de douze " robes importables en matériaux contemporains ". C'est évidemment une nouvelle provocation et le public est divisé. Il en sera de même pour tous ses défilés sensation des années à suivre. On le montre aussi comme un imposteur, le plastiqueur de la mode, mais malgré tout il devient tout de suite un phénomène incontournable, largement présent dans la presse internationale. A ceux qui lui demandent pourquoi il ne fait pas de la couture, Paco Rabanne répond qu'il ne peut pas se mesurer avec les vrais couturiers, si habiles, et souligne le fait que dans la voie des formes on ne peut pas être meilleur que Balenciaga.

Son utilisation intensive de matériaux rigides assemblés par des anneaux donne aussi des résultats " secondaires " et pas des moindres. Par exemple, avec ce genre de trame, le corps de la femme est entièrement révélé à travers les interstices et ne montre plus seulement ces zones de nudité placés selon les convention de chaque époque. Il pousse la provocation jusqu'à utiliser des robes complètement métalliques tels les tabliers de protection des bouchers. Des cottes de mailles, objet de mal-être par excellence : non seulement lourd, mais sous le soleil, ça chauffe jusqu'à brûler tandis qu'avec le froid, ça glace carrément. Et malgré ça, utilisé en tant que vêtement, le métal brille et résonne à chaque mouvement.

Sa recherche, sa "différence" ne se limite pas au produit fini, mais aussi aux procédés de fabrication. C'est comme ça que en 1968, après trois années d'études, voit le jour le vêtement moulé " Giffo ". Il s'agit tout simplement de pulvériser un nuage plastique dans un moule étudié à cet effet. On fabrique comme ça un imperméable par minute en réduisant les manipulation nécessaires de environs 500, à deux (pulvérisation et démoulage). Malheureusement derrière cette extrême simplicité se cachaient des coûts d'installation énormes, et le projet s'arrête au stade des prototypes.

Mais Paco Rabanne ne renonce pas à ce désir de démocratiser la mode et en 1967 alors qu'il était déjà clair que l'idée du Giffo n'avait pas de futur, il présente avec plus de succès, une série de robes en papier. Il était rendu plus résistant grâce à une trame de Nylon, ignifugé et doux au toucher. Cela s'épouse bien avec une époque de voyages où on veut des vêtement simples à transporter. Il faut admettre que l'idée n'est pas tout à fait nouvelle et aux USA on avait déjà vu du papier utilisé pour des tabliers ménagers par exemple et autres objets à bas coûts.

Paco évidemment y ajoute du sien. Pour l'assemblage des différentes parties, il opte pour des bandes adhésives colorées qui servent aussi en tant que décoration. Il ne faut pas croire que Paco Rabanne, si passionné par les matériaux les plus bizarres, ne soit pas intéressé par ceux plus conventionnelles. Bien au contraire, fourrures, plumes, dentelles et broderies aussi subissent ses attaques. En 1966 par exemple, lorsqu'il réalise son premier modèle en fourrure. Il s'agit d'une paire de ... lunettes en astrakan noir et Rhodoïd : protection simultanée du froid, du soleil et des regards. En 1967, la maison Simon Frères lui demande de créer une collection à partir de ses plus belles peaux. Paco Rabanne les exalte par une juxtaposition de métal ou l'on retrouve les célèbres pastilles de tabliers de protection de bouchers.

Initialement, c'est le choc, mais ensuite la clientèle se jette sur la nouveauté. Une année plus tard, en 1968 donc permet au grand public de prendre conscience encore plus de l'inventivité sans fin de Paco Rabanne. Il présente la fourrure tricotée. Le procédé de fabrication, qui est breveté comme la plupart de ses trames et assemblages, consiste à tricoter des lanières de fourrures, ce qui permet d'obtenir un trame souple, aérée et réversible en partant de chutes ou de fourrures trop étroites pour un usage classique. Manteaux, capes mais aussi pantalons sont ainsi confectionnés, présentant donc cette légèreté et de surcroît, un parfait pouvoir calorifique.

Les plumes de leur part apparaissent dans son oeuvre en 1966 dans certains modèles comme par exemple un manteau de plumes d'autruche blanches collées par bandes adhésives transparentes.

Ici aussi, comme dans les robes en en Rhodoïd ou métal, on peut entrevoir tout le corps grâce à la vaporosité de ces franges.

La dentelle par contre semble difficilement intégrable dans le travail de Paco Rabanne, si fortement ancrée à l'image d'une femme totalement différente. Mais voilà qu'en 1969, période pendant laquelle la dentelle était presque disparue des collections des grands couturiers, il la traite comme seule lui peut l'imaginer : découpée, moulée sous deux couches de plastique, articulée par des anneaux et des pastilles en Rhodoïd de couleur, rivetée sur une robe de métal, elle ne ressemble plus tout à fait au produit d'origine ! Et il nous reste la broderie, un des plus précieux métiers du luxe qui a toujours fait la gloire de la haute couture en faisant grimper les prix de certaines créations à des prix incroyables. C'est donc paradoxal de savoir que c'est à travers justement la broderie que Paco pénètre vraiment dans le cercle très fermé de la couture au début des années soixante. Évidemment, il remet en question les idée reçues pour trouver des solutions inédites et dans la technique et dans le coût de ses réalisations, toujours une de ses préoccupations principales.

Il substitue à la couture le rivetage. Perles et paillettes sont appliquées sur l'étoffe à l'aide de minuscules clous terminés par une boucle. Avec cette technique, la broderie peut être réalisé facilement sur le vêtement terminé en temps relativement court.

L'atelier familial de broderie de Paco Rabanne composé par sa mère et ses frères et sœurs obtient rapidement l'estime de couturiers comme Nina Ricci, Philippe Venet ou Gérard Pipart.

Fondamentale pour Paco Rabanne c'est de savoir que la plupart des gens ont été choqués par ses collections : " la novation est dans le refus, le rejet. La création n'est pas séduction, elle est choc ".

Paco Rabanne, ses vies antérieures, la station Mir et les médias :

Il affirme avoir eu plusieurs vies (dont une de maîtresse d'un ancien roi de France), avoir vu Dieu trois fois et avoir reçu la visite d'extraterrestres. En 1999, il a affirmé au travers des médias que la station spatiale Mir allait s'écraser sur Paris et provoquer des milliers de morts le 11 août, date d'une éclipse solaire. Cette prédiction ne s'est pas produite et a conduit une grande partie des média et du public à le taxer de fou. Actuellement, ses apparitions dans les journaux ou les émissions de télévision n'abordent plus que le sujet de ses dites expériences paranormales et guère plus celui de la couture. Il est en promotion pour son dernier livre Le fil d'Ariane, aux Éditions Michel Lafon.


(Source : wikipedia)


Lectures conseillées :

"Trajectoire, d'une vie à l'autre", 1991
"La fin des temps, d'une ère à l'autre", 1993
"Au temps présent", 1994
"Les lumières du Bouddhisme", 1997
"1999, le feu du ciel", 1998
"Le Fil d'Ariane", 2005

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