|
La
Psychogénéalogie :

Le choix du prénom d'un enfant est loin
d'être neutre car la personne qui choisit projette un ensemble de
caractéristiques de la personnalité du futur enfant avec
ce prénom.
Par
Patrice Cayrou
Chantal Rialland est l'auteur du livre, Cette famille qui vit en nous,
aux Editions Robert Laffont, (collection Réponses).
Lors de notre premier entretien, vous avez expliqué votre démarche
de psychothérapeute et d'auteur. Vous avez choisi cette fois de
parler des prénoms qui sont un élément de base de
la psychogénéalogie.
En effet, il est important de connaître l'origine de nos prénoms.
Qui a choisi ? Est-ce notre mère ? Notre père ? Les deux
ensemble ? Est-ce des membres de notre famille ? Notre parrain ? Notre
marraine ?
Car c'est la personne qui choisit qui projette un ensemble de caractéristiques
de sa personnalité du futur enfant avec ce prénom.
Projeter,
c'est-à-dire ?
Nous ne donnons pas un prénom mais un ensemble de qualités
que nous avons appréciées chez quelqu'un de notre histoire
qui portait le même prénom. Nous souhaitons que notre enfant
dispose des qualités que nous croyons attachées à
ce prénom.
Par exemple, maman a eu une amie de classe qui était très
jolie : Isabelle. Elle va nous appeler ainsi.
Le meilleur camarade de notre père s'appelait Paul... Papa va nous
prénommer ainsi.
Il est important pour nous de savoir qui était ce Paul car pour
être aimé de papa, pour répondre à son attente,
il va falloir lui ressembler. Tout cela très inconsciemment.
Vous
voulez dire que si mon père avait dans ses connaissances un homme
qui était riche et s'appelait Pierre, et que pour cette raison
mon père me prénomme ainsi, cela implique que, pour plaire
à papa et être aimé de lui, il faut que je devienne
prospère ou lui donne, dès mon plus jeune âge, l'idée
que je pourrai le devenir un jour.
Tout à fait. J'ai connu quelqu'un dont les parents étaient
de l'Assistance publique (donc abandonnés à la naissance)
qui se sont rencontrés au cinéma lors de la projection d'un
film de Gérard Philippe. Ils ont appelé leur premier garçon
Gérard et l'autre Philippe.
A
votre avis, que voulaient-ils exprimer ?
L'amour naissant de leur rencontre, eux qui en avaient tant manqué.
Gérard et Philippe étaient dans une situation de jumeaux
psychologiques. Ils ont eu beaucoup de mal à trouver leur identité.
Avez-vous
d'autres exemples ?
J'ai connu le cas d'une personne qui s'appelait Régine. Sa maman
était mère célibataire et n'avait pas attendu avec
bonheur cette enfant. Elle lui a donné le nom de la sage-femme
qui l'a accouchée.
En
quoi cela est-il signifiant ?
Régine est aujourd'hui sage-femme. Inconsciemment, elle reproduit
la profession qui est à l'origine de son prénom et de l'amour
qui fut porté à sa mère dans des circonstances difficiles.
Parfois,
nos prénoms ne sont pas en relation avec des personnes que nos
parents ont aimées, mais avec des modèles de référence.
Comme
toutes les Marilyne ou Brigitte à certaines époques ?
Et aujourd'hui, les petits Zinedine depuis la coupe du monde de football.
Ce sont aussi parfois des héros de livre, de roman, de théâtre.
J'ai connu une patiente qui a appelé son troisième enfant
Solal à cause de " Belle du seigneur "
Mais, en général, nous avons des prénoms de la famille
en deuxième ou troisième prénom, si ce n'est en premier.
Est-ce
un avantage ou un inconvénient ?
Cela semble parfois être un avantage quand nous portons le prénom
de notre grand-mère que notre père aimait ou du grand-père
que notre mère aimait. Mais cela peut être lourd à
porter car, pour être aimé, et le jeune enfant n'a pas d'autre
souci que d'être aimé de ses parents, il faut reproduire
la personnalité de cet aïeul.
Au contraire, c'est franchement un inconvénient lorsque nos parents
nous ont donné les prénoms de l'un ou l'autre de nos grands-parents
pour leur faire plaisir, surtout s'ils sont en conflit ouvert ou latent
avec eux.
Pouvez-vous
préciser ?
Par exemple : notre mère a eu un père très autoritaire
et sévère qui s'appelait Alexandre. Pour lui faire plaisir,
nous sommes l'aîné, maman nous appelle... Alexandre. Soit
maman ne recevra pas plus d'amour de son père après cette
" offrande ". Soit un conflit à l'homme de façon
générale, donc à son mari et à nous-même,
va naître. Soit encore nous devenons le chouchou du grand-père,
mais maman risque de se sentir toujours évincée de l'amour
qu'elle escomptait initialement.
La
transaction est-elle toujours insatisfaisante pour maman ?
Oui, dans la durée. Nous ne guérissons pas de la relation
avec notre père ou avec notre mère en donnant leur prénom
à nos enfants. Il y a d'autres cas où porter le prénom
de ses deux grands-pères ou deux grands-mères peut être
source de tensions. C'est le cas lorsque ceux-ci sont totalement différents
ou, s'il y a des conflits, surtout muets, entre les deux familles.
Par exemple : nous portons en deuxième prénom Alice (celui
de notre grand-mère maternelle qui est considérée
comme une sainte) et en troisième Eugénie (celui de notre
grand-mère paternelle qui considérée comme scandaleuse).
Ou encore notre deuxième prénom est Victor, comme le grand-père
pauvre, et Michel en troisième prénom, comme le grand-père
aristocrate. Cela peut être source de dissonances si les deux familles
n'étaient pas d'accord sur ce mariage qu'elles considéraient
comme une mésalliance.
Même
en deuxième et troisième prénoms que nous n'évoquons
jamais ?
Oui, car nous les portons et ils nous influencent, non pas en soi, mais
dans les projections de nos parents car nous ferions n'importe quoi petit
pour que nos parents nous aiment.
Donc,
les prénoms, même secondaires, sont importants parce qu'ils
sont révélateurs des dispositions de nos parents et de leur
propre histoire à notre égard...
En psychogénéalogie, tout à fait.
Il y a d'autres cas où les prénoms sont très intéressants
pour se comprendre. Quand nous portons un prénom masculin féminisé
comme Michelle, Pierrette, Georgette, etc., il est probable que nos parents
attendaient, souhaitaient davantage un garçon qu'une fille et c'est
tout aussi valable pour nos parents et grands-parents qui portent ces
mêmes prénoms.
J'ai vu des cas où l'aînée s'appelait Paulette et
le second Paul ou la première Pierrette et le second Pierre.
Il en est de même pour les filles qui portent des prénoms
androgynes comme Claude, Dominique, Camille, ou à l'inverse des
garçons qui portent ces mêmes prénoms androgynes :
ils ont été attendus comme fille.
Donc
pour vous, tous les prénoms identiques pour les filles et les garçons
sont suspects.
Non, je n'aime pas le mot suspect. Et de plus il ne faut jamais systématiser.
Chaque être est unique et chaque histoire est particulière.
La psychogénéalogie n'est jamais une certitude de réponses
mais une invitation à se poser des questions. Il y a un seul cas
où il existe une certitude.
Lequel
?
C'est, quand il y a eu un enfant mort et que l'on est conçu après
ce drame, si nos parents nous donnent le prénom féminisé
ou masculinisé de l'enfant décédé.
Pouvez-vous
préciser ?
On a eu la douleur de perdre un petit Charles et l'enfant qui naît
après va s'appeler Charlotte. Là, il faut travailler sur
soi pour exister vraiment par soi-même et non par réparation.
Exister
par réparation, qu'est-ce, concrètement ?
Cela peut donner un enfant qui constamment ne se sent à sa place,
ne se sent pas aimé, ne se sent pas à la hauteur de l'enfant
décédé, surtout s'il était de sexe opposé.
Pourquoi
surtout s'il était de sexe opposé ?
Parce que l'inconscient de l'enfant perçoit tout, absolument tout.
Si ses parents ont un fils alors qu'ils désiraient une fille, il
sent inconsciemment, dès le départ, qu'il ne satisfait pas
à l'attente de ses parents. L'enfant ressent donc un handicap majeur
pour se faire aimer. C'est un peu ce qui fait aujourd'hui l'explosion
des superwomen, qui, tout en étant femmes, veulent ressembler parfois
au parfait fils rêvé des parents.
Donc,
le choix des prénoms n'est jamais neutre.
C'est tout à fait vrai.
Autre exemple : les dynasties de prénoms. Dans la famille paternelle
où l'aîné est supposé être un garçon,
le premier enfant de sexe masculin s'appelle, de génération
en génération, François, Jacques ou Pierre.
Dans ce cas, le poids de la demande, de l'attente familiale, sera d'autant
plus lourde puisqu'on transfère à l'enfant à la fois
le nom et le prénom.
Que
diriez-vous en conclusion ?
Apprendre à connaître l'origine de ses prénoms, c'est
connaître les attentes de nos parents. Il est important d'en prendre
conscience, de choisir les qualités que nous avons envie d'intégrer
et de nous libérer de ce qui ne nous convient pas et ne nous appartient
pas.
De
quoi parlerons-nous lors de notre prochain entretien ?
De l'énergie intellectuelle.
A
suivre...
Décembre 2000
Patrice Cayrou
(Source
: www.buddhaline.net)
Lectures
conseillées :
Ancelin
Schützenberger, Anne: "Aïe! mes aïeux!",
1994
Van Erseel, Patrice; Maillard, Catherine : "J'ai mal à
mes ancêtres: la psychogénéalogie aujourd'hui",
2002
Horowitz, Elisabeth; Reynaud, Pascale: "Se libérer du destin
familial", 2000
Pour
approfondir le sujet, vous pouvez consulter :
-
Un article très complet sur la psychogénéalogie paru
dans Biocontact : " Comment
l'histoire de chacun s'articule avec l'histoire de sa famille
"

Home
- News
- Projets
en cours - Scénarios
- Vidéos
- Casting
- Agent
- Influences
- Citations
- Spiritualité
- Quête
de sens
Bio
express - Bio
perso - Prix
- Ethique
- Témoignages
- Profession
de foi - Liens
- Dédicaces
- Contact
©
2006 - www.lopham.com - Không-Lô Pham - Tous droits réservés
- Tous les scénarios, synopsis, concepts et idées contenus
dans ce site ont été protégés en France et
à l'international. Web Design by Lô Pham.
|