Leçons de cinéma - Film-makers' Masterclass :

Ce qu'il faut retenir - the Ultimate Film-making Checklist.


- Comment apprendre à faire des films ?

Assayas : "L'essentiel, c'est de se forger une esthétique et, pour cela, la théorie est irremplaçable."

Catherine Corsini : "L'essentiel, c'est de montrer sa différence, d'offrir sa vision la plus personnelle et la plus aïgue."

- Comment aborder son premier film ?

Assayas : "Deux axes me guidaient. Je ne voulais pas m'enliser dans un processus de production, je voulais être sûr d'aller jusqu'au bout. Et j'ai écrit une histoire qui pourrait se prêter à un tournage bon marché, extrêmement fauché. Que je pourrai réaliser dans le pire des cas, en 16 mm, en noir et blanc, produire moi-même, sans que le sujet, sous cette forme-là , y perde sa cohérence. J'ai eu envie de m'en tenir à ce principe : ne pas devoir rendre de comptes."

- Comment trouver le financement de son premier film ?

Assayas : "Je ne savais pas vraiment à qui m'adresser : les producteurs que je connaissais d'expérience ne m'inspiraient guère. Très tôt, j'ai donné le scénario à lire à Claude-Eric Poiroux, qui distribuait Passage Secret, pas du tout de façon intéressée, plutôt pour tester le projet. Sa réaction, rapide, a été pour moi très inattendue : il souhaitait passer à la production et mon film l'intéressait. A partir de là, tout s'est enchaîné très simplement. Claude-Eric envisageait le financement du film sur la base de 7 millions, c'était plus que ce que je prévoyais, j'allais me retrouver dans des conditions qui me semblaient confortables. Le principal avantage que je trouvais à faire ce film - à part la sympathie personnelle qui, c'est évident, compte beaucoup -, c'était de travailler avec un producteur qui débutait et qui se trouvait donc de façon aussi intense que moi impliqué dans le projet. C'était plus qu'un interlocuteur, c'était un complice, porté par la même dynamique. (...) Quand on a confiance en son producteur, on se repose sur lui."

René Bonnel (ex-Canal Plus, producteur) : "Je refuse de négocier avec un producteur si l'auteur est dans les parages. C'est très délicat et malsain. Quand il s'agit de discuter d'économie, je prends un interlocuteur qui parle argent. Donc, mon premier critère : c'est la force de conviction, j'ai toujours pensé que les grandes oeuvres sont le fait de grands entêtements. Mon deuxième critère, c'est la qualité du script."

Marin Karmitz (producteur MK2) : "Je me détermine sur la sincérité, l'originalité du scénario et la personnalité de son auteur. Je dois sentir dans le texte une musique réelle, une vraie mélodie, non une rengaine, un ronronnement académique. J'ai aussi besoin de rencontre une personnalité qui exprime une envie de raconter, une nécessité de porter l'enfant. La confrontation physique, autant que la qualité du script, emporte ma décision, si j'entrevois une entente, une complicité possibles. (...) Découvrir une harmonie intérieure entre un contenu original et le style d'un metteur en scène, voilà ce qui m'attire dans un premier film."

- Comment travailler la photographie du film ? Quel choix de pellicule ?

Assayas : "Je considère comme une chance d'avoir rencontré très tôt un opérateur avec lequel je puisse avoir des affinités artistiques aussi fortes. (...) Pour mon premier film, nous ne voulions pas de la palette de la pellicule Kodak dont la gamme de couleurs se reconnaît aisément dans la plupart des films. Nous souhaitions trouver la nôtre."

Catherine Corsini : "Avec mon chef-opérateur, nous avons vu Désordre parce qu'il souhaitait comme Olivier Assayas "flasher" la pellicule. Mais nous ne voulions pas trop affadir les couleurs. Je ne voulais surtout pas de cette photo glaciale, clean, très à la mode, je cherchais à rendre le côté granuleux, d'ambiance de nuit, qui donnerait au film un côté coup-de-poing, pris sur le vif, presque volé... Après quelques essais de pellicule, la nuit et différents tirages, nous avons finalement opté pour la Fuji 500, qui va plus loin dans les noirs."

- Comment choisir les acteurs pour un premier film ?

Assayas : "Au début, je pensais utiliser des comédiens inconnus car le sujet se prêtait. Je voulais des personnages venues de nulle part. (...) Nous avons écumé les conservatoires, les écoles, mais la recherche ne nous a pas mené très loin. Et puis, comme je n'avais jamais travaillé avec des comédiens, à un certain point, j'ai préféré ne pas mettre tous les handicaps de mon côté : ne rien savoir et être obligé d'expliquer leur travail à des acteurs débutants. J'ai donc adopté un parti pris très différent et j'ai choisi des comédiens ayant déjà une expérience. J'avais envie de les considérer comme des interlocuteurs, c'est-à-dire un peu plus que des acteurs."

- Comment aborder le tournage d'un premier film ?

Assayas : "La préparation s'éternisait et lorqu'enfin le tournage a débuté, ça a été une grande libération pour tout le monde. Il y avait un aspect "premier film", qui a rendu les premières semaines très euphoriques. Je faisais le film que je voulais, avec les comédiens, l'équipe que je voulais, tout tournait rond. Et puis, au bout d'un moment, au fur et à mesure que j'avançais dans le film, les angoisses ont commencé à surgir, le sens de la gravité de ce que je voulais raconter : j'avais le sentiment d'être resté jusque-là à la surface des choses et que mon sujet finissait par me rejoindre. Rétrospectivement, je n'aime pas l'enthousiasme naïf du début, je le trouve faux, enfin, périphérique au film, le détournant de l'essentiel. Lorsque s'est imposée une tension plus grande, je me suis senti mieux dans mon élément. J'ai eu l'impression d'entrer physiquement dans le film. Au bout du compte, j'ai appris des choses sur moi-même." (...) "Pendant le tournage, ma préoccupation essentielle, ce n'était pas de respecter le découpage, mais de réussir à capter l'émotion, conserver l'homogénéité d'une situation, maintenir la tension. Je donnais les principes du cadre, j'en discutais avec David Lenoir, et il traduisait cette exigence en termes techniques."

- Comment bien diriger les acteurs ?

Assayas : "Je tenais à préserver la spontanéité du jeu. Les comédiens répétaient les scènes le moins possible pour ne pas les déflorer : on commençait par voir la scène à blanc, je laissais une grande liberté de mouvement de façon à ce que les gestes viennent d'eux-mêmes, que les déplacements s'imposent. Ensuite, je déterminais le plan en fonction de cela. Avec cette préoccupation d'être toujours le plus proche possible des acteurs. (...) Je ne faisais jamais jouer avant la première prise filmée, je la tournais donc avec sa dimension d'impondérable, à l'état brut. Et elle était plus forte que si je l'avais soignée, polie, davantage retenue. Ensuite, par sécurité, je tournais une version plus élaborée avec des angles gommées et pour jouer sur d'autres nuances : rapidité, ordre, richesse. A l'expérience, au montage, je me suis rendu compte que je prenais systématiquement les premières."

Catherine Corsini : "L'approche des comédiens, ce sont des relations intimes entre eux et moi. Ma démarche est particulière, toujours la même, je leur parle et leur envoie des signes, pour communiquer. (...) Sur un premier film, c'est délicat d'instaurer un dialogue, on a peur d'approcher les acteurs. (...) Sur un premier long métrage, il y a des moments difficiles à gérer. Si on laisse passer une faille, les acteurs s'y engouffrent : souvent ils ne me comprenaient pas, je les effrayais. Les grands comédiens sont très vulnérables. Sur certaines scènes, ils se protègent parce qu'ils ont une image de marque à défendre, ils ne peuvent pas tout donner comme des débutants. Pourtant, ils enrichissent énormément le film, lui donnent sa force, son aura."

- Comment obtenir ce qu'on veut du film ? Comment imposer son point de vue de metteur en scène ?

Assayas : "Lorsqu'on raconte des histoires qui sont les siennes, être seul détenteur d'une vérité du film, au milieu d'un collectif en train de l'élaborer, constitue une épreuve difficile à traverser et à contrôler. Dans ces cas-là, le pouvoir du metteur en scène sert à protéger."

Catherine Corsini : "J'avais parfois l'impression que j'étais seule à comprendre ce que je faisais, j'expliquais un plan, tout le monde me prenait pour une folle. D'un seul coup, je perdais les gens, je les avais de vitesse ou d'instinct. Et puis, une équipe de cinéma est toujours forgée par des habitudes, des traditions, certains angles de prises de vue la choquent, il faut se battre, être sûr de soi, car on est seul à défendre la vision du film. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas suivre son mouvement : au tournage, il y a toujours des glissements par rapport à ce qu'on avait rêvé. Le film bouge, il faut savoir en tenir compte."

- Faut-il beaucoup se couvrir pendant le tournage pour réussir le montage ?

Assayas : "Au tournage, je me couvre très peu, je fais le montage en filmant. Aussi, au premier bout-à-bout, je n'ai pas eu de surprises. (...) Néanmoins, ma priorité a été de respecter mon inspiration de départ. "

- Comment aborder le montage ?

Catherine Corsini : "Quand je suis devant ma table, je pense au spectateur, il doit absolument comprendre. (...) Le plus difficile, c'est de trouver un rythme."

- Comment aborder son second film ?

Assayas : "Un premier film, c'est une expérience à part, fruit d'un désir ancien, souterrain, compliqué. Quelqu'un qui fait un voyage et le raconte. Le second, c'est une épreuve à aborder : on pense d'abord que, sur le premier, le public et la critique ont pu être complaisants dans la manière de le juger et qu'on n'en profitera pas une deuxième fois. En fait, le second, c'est le vrai premier film du cinéaste. Sur Désordre, mon premier film, en même temps que je tournais, je découvrais la fabrication. Avant, j'avais théorisé chaque élément et sur le tournage, je les mettais en pratique, ils s'agençaient au jour le jour."

 

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